Les garde-côtes italiens ont annoncé ce mardi 17 janvier 2012 avoir retrouvé cinq nouveaux corps sans vie sur le Costa-Concordia en plus du passager qui a été repéré tôt ce mardi dans l’épave du navire de croisière, portant à douze morts le bilan provisoire des victimes du naufrage devant l’île du Giglio en Toscane. Les pompiers continuent d’explorer le paquebot, tandis qu’environ vingt cinq personnes manquent toujours à l’appel. Quatre jours après la catastrophe, l’espoir de retrouver des survivants s’amenuise. Les opérations sont rendues difficiles par la position du navire qui est littéralement en équilibre sur les rochers et qui menace à tout moment de glisser vers le fond où il pourrait se briser.
Avec notre correspondante à Rome, Anne Le Nir
Le commandant Francesco Schettino va être interrogé ce mardi 17 janvier par le juge chargé des enquêtes préliminaires. Mais des écoutes téléphoniques rendues publiques par l’agence de presse Ansa permettent bien de confirmer qu’il a menti de façon réitérée à la capitainerie du port de Livourne, chargée de la coordination des secours, et qu’il a abandonné le navire plusieurs heures avant la fin des opérations d’évacuation.
Contacté sur son téléphone portable, le commandant affirme d’abord que « tout est sous contrôle », alors qu’à 21h45, la salle des machines était déjà envahie d’eau. Les appels se succèdent. Il lui est demandé combien d’enfants, de femmes, d’hommes doivent être évacués, mais il est incapable de répondre. A 1 heure moins 20, il lâche cette phrase : « Nous ne pouvons plus monter a bord car le navire est en train de se cabrer ». « Commandant, vous avez abandonné le navire ? », lui demande l’officier. « Non, non, évidemment », rétorque t-il.
Les mensonges du commandant
À 1h46, alors que des centaines de personnes devaient être évacuées, l’officier annonce : « Bon, c’est moi qui commande, je vous ordonne de remonter a bord, vous empruntez une échelle de secours en corde et vous coordonnez l’évacuation ». Le capitaine qui avait abandonné le navire depuis longtemps ne remontera jamais à bord.
Selon les enquêteurs, entre le moment où le navire a heurté un rocher et celui où le commandant a ordonné l’évacuation, les opérations de sauvetage auraient pu permettre d’évacuer tous les passagers, car la position du navire, qui n’était pas encore trop fortement incliné sur le flanc gauche, aurait rendu beaucoup moins complexe la descente des chaloupes.
Catastrophe écologique
Désormais, au-delà du drame humain, se pose maintenant la question d’une catastrophe écologique. Entouré d’une splendide réserve naturelle protégée, le Giglio serait menacé par « une bombe écologique », selon les déclarations du maire de cette petite île de 23 km2, située au sud de la Toscane.
Le navire Costa-Concordia, qui a échoué à environ 50 mètres du rivage, contient en effet plus de 2 300 tonnes d’hydrocarbures. Selon les descriptions fournies par le ministre de l’Environnement, c’est un gasoil « dense, lourd ». Si le pétrole commençait à se répandre, « ce serait un désastre pour la faune et la flore locale, ainsi que pour l’économie locale ».
Le gouvernement de Mario Monti devrait déclarer l’Etat d’urgence au cours des prochaines heures. Pour le moment, le navire qui tient en équilibre sur deux rochers est encore relativement stable. La priorité, c’est de le mettre en sécurité, afin de pouvoir pomper le carburant. Opération qui pourrait durer plusieurs semaines. C’est une société néerlandaise qui sera chargée de cette tâche délicate, a annoncé la société Costa, propriétaire du navire.
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Enregistrement de la conversation entre un garde-côtes italien et le capitaine du Costa Concordia Francesco Schettino après le naufrage, vendredi 13 janvier 2012. Un officier de la capitainerie de Livourne : - « Des gens descendent par l’échelle de proue. Faites demi-tour, retournez sur le bateau et dites-moi combien de personnes s’y trouvent et ce qu’ils ont à bord ». - « Dites-moi s’il y a des enfants, des femmes et de quel genre - « Ecoutez Schettino, vous vous êtes peut-être sauvé vous même Le capitaine Francesco Schettino : L’officier : Le capitaine Francesco Schettino : Le garde-côtes : Le capitaine Francesco Schettino : - « Je suis là pour coordonner les secours… » Le garde-côtes qui l’interrompt : - « Qu’est-ce que vous coordonnez de là ? Allez à bord ! Coordonnez les secours depuis le bateau ! Est-ce que vous refusez ? » - « Non, je ne refuse pas. » Le garde-côtes : - « Est-ce que vous refusez d’aller à bord, Le capitaine Francesco Schettino : - « (inaudible)… il y a un autre canot de sauvetage… » Le garde-côtes, qui l’interrompt à nouveau, hurle : - « Vous retournez à bord ! C’est un ordre ! Vous n’avez rien d’autre à faire. Vous avez ordonné l’abandon du bateau. Maintenant, c’est moi qui donne les ordres. Retournez à bord. Est-ce que c’est clair ? Vous m’entendez ? » Le capitaine Francesco Schettino : - « Je retourne à bord. » [ le capitaine ne retournera pas à bord et abandonnera le navire, NDLR ] Le garde-côtes : - « Allez-y ! Appelez-moi immédiatement quand vous serez à bord. Mes équipes de secours sont face à la proue. » Avec AFP |
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« LE CHEF NE PEUT PAS PARTIR AU MILIEU DE LA BATAILLE »
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Le patron des croisières Costa a rendu un hommage très appuyé aux membres d’équipage qui en réussissant à évacuer 4 000 personnes en deux heures, se sont comportés, a-t-il dit, en « héros ». Mais qu’en est-il du capitaine qui a mis les pieds sur la terre ferme avant la fin de l’évacuation ? Selon Michel Quimbert, avocat spécialisé en droit maritime, il devait quitter le navire en dernier. Ce qui n’est pas un simple usage mais une obligation : « Même s’il n’y a pas de texte spécifiant qu’il doit partir le dernier, ses obligations de commandant du navire le contraignent à ne quitter le navire que lorsqu’on peut estimer qu’il est déchargé de sa responsabilité de chef de l’expédition maritime. Il est le chef à bord. Et donc, tant que les opérations du voyage ne sont pas terminées, il doit être là. S’il ne le fait pas, il est responsable pénalement. C’est le chef de l’expédition maritime et le chef ne peut pas partir au milieu de la bataille ». En n’ayant omis de diriger jusqu’à leur terme les opérations d’évacuation, le capitaine s’est directement rendu responsable d’homicides par imprudence et en ayant omis de diriger les mesures destinées à prévenir d’autres dommages telle que la pollution, le capitaine encourt là encore une lourde responsabilité pénale. |

