Les femmes sont autant exposées à la violence à l’extérieur qu’à l’intérieur de leur ménage. Ce constat glaçant, révélé par l’étude « Cadre de vie et sécurité » de l’Insee en 2007, montre à quel point les violences conjugales restent un fléau majeur de notre société. Aujourd’hui, en France, une femme meurt tous les 2,5 jours sous les coups de son conjoint.
Pourtant, le concept est flou, la législation mal connue, les plaintes peu nombreuses… Pourquoi ? Parce qu’on n’ose pas assez en parler. Dans une société policée et régie par des droits fondamentaux, la violence au sein du couple est une réalité qui suscite encore beaucoup de gêne et de blocages.
C’est pourquoi nous avons décidé de briser le silence. Définition exacte, lois en vigueur, aide aux victimes : avec Françoise Brié, vice-présidente de la FNSF* et Danielle Bousquet, députée socialiste, nous faisons le point sur les violences conjugales.
Violence conjugale, on en est où ?
En 2000, le secrétariat d’Etat aux Droits des Femmes a commandé la 1re vraie enquête* portant sur les violences conjugales, jamais réalisée en France : « Cette enquête, très tardive, a enfin révélé l’ampleur du phénomène à l’opinion publique, alors que nous, les associations, luttons contre cela depuis les années 1970 ! « , précise Françoise Brié. On fait le point.
Les violences conjugales, c’est quoi ?
« Les médias emploient toujours le terme de ‘femme battue’, ce qui est un tort ! Cela fait référence à une femme qui reçoit des coups, qui accepte ; or, c’est beaucoup plus complexe. Il faut parler de ‘violences conjugales’ au sens large, car il y a plusieurs formes de violence« , précise Françoise Brié.
Ainsi, par violences faites aux femmes, on entend violence physique mais aussi psychologique (elle représente 3/4 des violences recensées), économique (privation de l’argent du couple), verbale (humiliation, insultes) ou même sexuelle (le viol conjugal).
Un fléau de grande envergure
En France, 1 femme sur 10 serait victime de violence conjugale.*
En 2008, 156 femmes sont décédées sous les coups de leur conjoint, soit une femme tous les 2 jours et demi. On estime que seulement 8% des victimes déposent une plainte. Pour les Européennes âgées de 16 à 44 ans, les brutalités au sein du foyer sont la première cause de mortalité avant les accidents de la route et le cancer.
Que dit la loi ?
Le gouvernement français a commencé à proposer une réponse pénale adaptée aux violences conjugales à partir de 2005. Depuis, deux lois ont significativement fait avancer le combat :
> La loi du 4 avril 2006 : elle élargit le champ d’application des circonstances aggravantes aux concubins, pacsés et anciens conjoints, et élargit la liste des infractions répertoriées (viol conjugal, mutilation, privation des papiers d’identité, séquestration…).
> La loi du 9 juillet 2010 : proposée par Danielle Bousquet et Guy Geoffroy, adoptée à l’unanimité par le Parlement, cette loi a permis la création du délit de violence psychologique au sein du couple, dont 8% des femmes seraient victimes, et la création d’une ordonnance de protection, délivrée en urgence par le juge des familles quand il y a danger pour la victime ou ses enfants. Elle permet ainsi d’éloigner le conjoint violent du domicile conjugal, ou, si la femme choisit elle-même de quitter le foyer, de l’accueillir dans des structures adaptées.
« Malheureusement, un an après, on se rend compte que l’application de cette loi n’est pas du tout satisfaisante. Les magistrats, médecins, policiers… ne sont pas du tout formés, les bugets alloués aux associations sont en baisse, et une seule affaire de violence psychologique a été traitée en un an ! » souligne Danielle Bousquet.
Victime : que faire ?
Ce numéro national et gratuit depuis un poste fixe permet aux victimes de trouver une écoute, des conseils juridiques, une orientation vers des aides et associations… le tout de façon totalement anonyme. En 2008, 18 000 appels ont été traités.
« C’est important de parler car les femmes comprennent ainsi qu’elles sont victimes. Et nous, cela nous permet de faire remonter les problèmes de façon précise au gouvernement, » raconte Françoise Brié.
Ainsi, en 2010, la plate-forme d’appel du 3919 s’est renforcée et son domaine d’intervention s’est élargi à d’autres violences faites aux femmes : mutilation, mariage forcé, viol, violence au travail, agression sexuelle…
Les victimes doivent, ensuite se tourner vers les associations compétentes qui les accompagneront dans leurs démarches. Notamment le dépôt de plainte. Moins de 10% des victimes osent porter plainte !
Un problème de société ?
Selon Françoise Brié, « Les violences conjugales sont un problème sociétal, pas personnel, car la femme est encore montrée comme inférieure. »
Différence de salaires, absence de femmes aux postes à responsabilités, représentation dégradante dans la publicité, dans les médias… sont autant d’inégalités qui contribuent à faire le nid des violences.
« La France est un pays profondément machiste, qui considère trop souvent la femme comme une citoyenne de seconde zone ! Ce sexisme est la cause des inégalités. Et les inégalités engendrent des violences conjugales, car on sous-évalue la femme » insiste Danielle Bousquet.
Et si tout était à revoir dans nos relations homme/femme ?
L’éducation, la clef de voute
L’objectif est d’abord de défendre les droits fondamentaux des femmes, puisque c’est ici que les violences trouvent leur source. « En faisant de la prévention dans les écoles, les universités, pour changer la représentation des genres qui est souvent déséquilibrée« , suggère Françoise Brié.
Une réalité que Danielle Bousquet souligne à son tour « Dans de nombreux établissements, il ne se passe absolument rien d’un point de vue éducatif sur l’égalité des sexes. De nombreux enseignants ne savent pas quoi faire. Car on n’a jamais travaillé sur ce point. Pourtant, il n’y a que par l’éducation que l’on pourra s’en sortir. »
Et demain… comment lutter ?
Si les législateurs avancent, les statistiques ont du mal à baisser.
L’Etat a lancé cette année son 3e plan ministériel de lutte contre les violences faites aux femmes, piloté par le ministère des Solidarités et de la cohésion sociale, qui prendra fin en 2013. Au programme : le renforcement de la protection des victimes, une meilleure formation du personnel juridique et policier pour prévenir les violences et les récidives, informer et sensibiliser l’opinion pour responsabiliser l’ensemble de la population.
Source: aufeminin.com
